BREXIT : les formalités douanières à revoir

 

Le Brexit approche, sous une forme encore inconnue au moment où nous écrivons.
Nous nous sommes entretenus avec Alban Gruson, PDG de Conex, leader des progiciels douaniers en France, qui est bien placé pour évoquer la question du changement des formalités déclaratives pour les échanges de biens entre le Royaume-Uni et l'Union européenne après la séparation. Conex exposera comme chaque année au salon SITL (26 au 28 mars Porte de Versailles à Paris) et participera à une conférence sur les projets d'évolution des échanges numériques de données entre les douanes de l'UE.

 

Conquérir : Qu'est-ce qui va changer concrètement pour les exportateurs et importateurs avec le Brexit ?


Alban Gruson: Je ne peux pas me pro­noncer d'une manière définitive, en raison des incertitudes en cours, mais les choses vont probablement bouger d'une manière drastique. En effet, les flux de marchandises seront soumis à des déclarations douanières beaucoup plus exhaustives qu'actuellement. Elles correspondront en principe à celles qui ont cours avec les pays tiers à l'UE, et devront être détaillées par opération. Aujourd'hui, au sein de l'UE, les expor­tateurs-ou importateurs-sont soumis à des déclarations fiscales et statistiques globales mensuelles assez simples. Les PME qui ne commercent qu'avec les pays de l'UE n'ont pas les équipes, ni les compétences, pour gérer ces opéra­tions. Quant aux grandes, le travail de leurs départements internes augmen­tera sensiblement.

 

Conquérir: Que devront faire exportateurs et importateurs pour surmonter ces nouvelles tâches ?

 

Alban Gruson: Les plus grandes, celles qui gèrent leurs déclarations en interne, augmenteront certainement leurs effec­tifs. Celles qui passent par notre plate­forme de services pourront bénéficier de nos prestations, dans le même cadre que d'habitude vis-à-vis des pays tiers à l'UE. Quant aux novices, le plus vraisemblable est qu'elles confieront dans un premier temps cette tâche à un transitaire, si elles ne commercent qu'avec l'UE. Je rappelle que deux déclarations seront obligatoires pour chaque opération, une pour la sor­tie de marchandises de France, une pour l'entrée au Royaume-Uni - et récipro­quement bien sûr. Nous nous préparons à toutes les éventualités afin d'accom­pagner au mieux nos clients - actuels et futurs - dans ce contexte.
Nous avons ainsi créé une filiale en Grande-Bretagne, pour proposer une offre de l'autre côté de la Manche, afin d'être à même de traiter les déclarations des exportateurs français pour l'entrée de leurs produits là-bas; et réciproquement pour leurs homologues britanniques.

 

Conquérir : On imagine mal un changement brusque pour le 29 mars, quels que soient les résultats des tractations en cours ...


Alban Gruson: ... c'est exact. A ce pro­pos, les Britanniques ont prévu une pro­cédure simplifiée transitoire à l'entrée, sauf dans quelques domaines précis ( vété­rinaire en particulier). Sa durée initiale est de trois mois à titre expérimental avec possibilité de prolongation. La cessation de cette procédure respectera un préa­vis de 12 mois. Du côté français, ce sera un peu moins souple a priori. Cependant, notre pays prévoit des facilités pour fran­chir le Channel, en promouvant les déclara­tions anticipées, qui auront une configura­tion définitive lors de l' embarquement. Au débarquement, ceux des camions qui n'ont pas à être contrôlés pourront partir aussitôt. Les autres (produits de la pêche, soumis à un contrôle vétérinaire ... ) devraient être déviés vers Boulogne-sur-Mer, pour évi­ter l'engorgement des autoroutes. Evidem­ment, les groupeurs auront des contraintes plus lourdes puisqu'une déclaration par destinataire devra être effectuée ...

 

Conquérir : Tout se passera bien ?

 

Alban Gruson: Je l'espère ! En tout cas tout est prêt chez Conex afin d'assurer aux clients importateurs et exportateurs, le chemin douanier le plus fluide possible, et de faire en sorte que ces opérations ne soient pas trop lourdes pour eux. Nous travaillons également sur d'autres sujets, même si le Brexit nous mobilise beaucoup.
Notre filiale belge va ainsi s'insérer dans la procédure de dédouanement express pour le e-commerce que notre pays voisin va mettre en place, suivant ainsi le modèle de la France, pour faire face à l'installation du hub du chinois Ali Baba à Liège, ins­tallation qui va évidemment amener des flux importants.

 



CONQUERIR - N°172 - MARS 2019